Apollo 11 – L’aigle a aluni

Nous sommes le 20 Juillet 1969, il est 20h17, le module Lunaire Eagle, vient de se poser sur la Lune, à 384 000 km de la Terre, à l’intérieur, 2 personnes, seules sur un astre entier…

Un grand calme règne dans le module lunaire, seule la machinerie émet un bruit constant accompagné de claquements inquiétants, de l’autre côté de l’écoutille, un paysage inconnu, dans quelques heures ils seront les premiers à y poser le pied. Pendant ce temps, Michael Collins est en orbite lunaire, il demande des nouvelles de ses coéquipiers à chaque fois qu’il capte le signal de Houston.

Soudain, la caméra du module se déploie et filme l’échelle du module lunaire, elle retranscrit alors en direct, sous les yeux de plus d’1 Milliards de téléspectateurs, les images de Neil Armstrong poser le pied sur la Lune. Alors qu’il foule le sol lunaire, il prononce une phrase désormais devenue célèbre : « C’est un petit pas pour l’homme, mais un bon de géant pour l’humanité« …

Petit retour en arrière

Nous sommes en 1960, les États Unis creusent leur retard face aux soviétiques dans la course à l’espace. L’URSS est en effet la première nation à envoyer un objet dans l’espace, puis un homme, puis à effectuer la première sortie extra véhiculaire.
Afin de faire pencher la balance de leur coté, le 12 Septembre 1962, le président Américain de l’époque, John Fitzgerald Kennedy lance la course à la Lune avec l’objectif d’envoyer un homme sur la Lune avant la fin de la décennie.

We choose to go to the Moon in this decade and do the other things, not because they are easy, but because they are hard, because that goal will serve to organize and measure the best of our energies and skills, because that challenge is one that we are willing to accept, one we are unwilling to postpone, and one which we intend to win, and the others, too.
John Fitzgerald Kennedy – 12 Septembre 1962

Nous avons choisi d’aller sur la Lune au cours de cette décennie et d’accomplir d’autres choses encore, non pas parce que c’est facile, mais justement parce que c’est difficile. Parce que cet objectif servira à organiser et à offrir le meilleur de notre énergie et de notre savoir-faire, parce que c’est le défi que nous sommes prêts à relever, celui que nous refusons de remettre à plus tard, celui que nous avons la ferme intention de remporter, tout comme les autres.

Les Américains et les Soviétiques se lancent donc chacun de leur côté dans une course effrénée.
Les Américains se lancent de leur côté dans le programme Gemini, pour s’entraîner aux procédures de rendez vous orbital. Les Soviétiques développent la première version du Soyouz mais prennent beaucoup de retard à cause d’un budget constamment revu à la baisse, un retard technologique conséquent ainsi que de graves problèmes d’organisation, notamment après la mort de Serguei Korolev, considéré comme le père du programme spatial soviétique. Une des conséquences de ces problèmes d’organisation sera l’accident de la mission Soyouz 1, premier vol du Soyouz qui se soldera par la mort de Vladimir Komarov (article sur ce sujet).
Une fois les vaisseaux développés, il faut un lanceur suffisamment puissant pour pouvoir les tester dans l’espace et ensuite les envoyer vers la Lune, les Américains développent alors la fusée Saturn 1b, pour tester les modules, puis la Saturn V (qui sera d’ailleurs le véhicule le plus puissant du monde) et les Soviétiques créent le lanceur N1, plus puissant encore mais qui ne connaîtra que des échecs durant ses 4 vols test avant d’être abandonné. Les américains seront donc les premiers à faire le tour de la Lune et voir sa face opposée dans Apollo 8.

Insigne de la mission

Le décollage

Nous sommes le 16 Juillet 1969, il est 6h30, l’équipage se prépare à embarquer dans la cabine du module de commande Columbia qui sera leur maison pendant une semaine.
Une fois installés, ils ne leur reste plus qu’à attendre patiemment jusqu’au décollage pendant de longues heures…
Après plusieurs vérifications, le décompte final est enclenché, il reste alors 1 minute avant le lancement.
À 5 secondes du décollage, les 5 moteurs F1 s’allument, générant une poussée phénoménale de 3500 tonnes. À t-0 secondes, il est alors 13h32, l’énorme fusée de plus de 110 mètres de haut pour 3000 tonnes s’élève au dessus du pas de tir dans un vacarme assourdissant, même à 6 km de distance, on ressent encore de violentes secousses.

La Saturn V s’élance du pas de tir

À 60 km d’altitude, alors que la fusée file à plus de 8000 km/h, les moteurs s’éteignent et l’étage « S-IC » se sépare de la fusée pour laisser place aux 5 moteurs J2 du deuxième étage, nommé le « S-II ». Après plusieurs minutes de fonctionnement, cet étage est largué pour faire place au 3ème étage dit « S-IVB » et son unique moteur J2, puis, ce moteur s’arrête provisoirement pour placer l’orbite sur une « orbite de parking ». Quelques heures plus tard, ce moteur est rallumé pour l’injection trans-lunaire qui catapulte le module vers la Lune.
Puis le module de commande « Columbia » se sépare de l’étage, se retourne et vient s’amarrer au LEM appelé « Eagle » situé dans l’étage et le tout se sépare de l’étage. L’étage est ensuite rallumé à distance pour être éloigné des modules habités.

Étapes amarrage du CSM et du LEM

Prochain arrêt: la Lune

Une fois sur la trajectoire en direction de la Lune, un long voyage de plus de 380 000 km les attend. Pour les occuper durant le voyage, ils ont emmenés avec eux quelques effets personnels dont un lecteur de cassettes afin de pouvoir écouter de la musique. Houston leur lis également le journal ou leur transmet les messages de leurs proches.
3 longs jours plus tard, le vaisseau passe derrière la Lune, le moteur du module de service est mis à feu pour le placer en orbite Lunaire. Après une série de vérifications, les 2 modules descendent à 15 km d’altitude. Les astronautes Buzz Aldrin et Neil Armstrong prennent place à bord du LEM pendant que Michael Collins reste dans le module de commande. Collins souhaite bonne chance à ses camarade et leur demande de revenir saints et saufs, puis le LEM est largué et entame sa périlleuse descente vers la Lune.

Le LEM vu depuis le module de commande

Durant la descente, Aldrin et Armstrong remarquent que le LEM a dévié de sa trajectoire et va manquer le site d’atterrissage prévu. Alors qu’ils se trouvent à 1800 mètres du sol, l’ordinateur émet l’alarme 1202, ce qui signifie que ce dernier est surchargé d’informations et n’arrive plus à effectuer toute les tâches qui lui sont assignées. Le contrôle au sol leur indique qu’ils peuvent ignorer l’alarme.
Mais Neil a été déconcentré par ces alarmes incessantes et dépasse le lieu d’atterrissage de 7 km et se rapproche d’une zone parsemée de rochers de la taille d’une voiture. Il prend alors le contrôle du LEM en cherchant une zone non accidentée où se poser en survolant à basse altitude la surface lunaire. Il trouve alors une zone qui semble acceptable et s’y dirige, tout en gardant un œil sur le carburant restant, indiqué par Buzz Aldrin. Alors qu’il se trouve à moins de 30 mètres du sol, la poussière soulevée l’empêche d’estimer la distance qui les sépare du sol et ne peut compter que sur les indications d’Aldrin qui scrute les instruments de bord. Alors qu’il se trouve à 1m50 au dessus du sol, le voyant indiquant un contact avec le sol s’allume, Armstrong coupe alors le moteur et Eagle se pose. Il ne reste qu’environ 45 secondes de carburant.

Après avoir repris son souffle, il prononce cette phrase: « Houston, tranquility base here, the Eagle has landed (Houston, ici la base de la tranquillité, Eagle a aluni !)« , la réponse ne se fait pas attendre: « Roger, Twan— Tranquillity, we copy you on the ground. You got a bunch of guys about to turn blue. We’re breathing again. Thanks a lot. (Reçu, Twan— Tranquillité. Nous comprenons que vous êtes au sol. Vous aviez un paquet de types en train de virer au bleu. On respire à nouveau, merci beaucoup) ».
Nous sommes le 20 Juillet 1969. Neil Alden Armstrong et Edwin Eugene « Buzz » Aldrin viennent de se poser sur la Lune.
Mais le repos est de courte durée, il faut en effet être paré à un problème grave et à un décollage d’urgence. 2 heures plus tard, ils peuvent enfin souffler et se préparer pour la sortie extra véhiculaire.

Eagle a aluni !

6 heures après avoir alunis, une fois les vérifications faites, les astronautes s’apprêtent à sortir du LEM pour marcher sur la Lune !
Les caméras du module filment alors Armstrong, accroché à l’échelle qui inspecte le sol.
Il le décrit comme une poussière très fine, son pied s’y enfonce de quelques centimètres. À ce moment, il prononce ces mots: « C’est un petit pas pour l’homme, mais, un bond de géant pour l’humanité ! ».
25 minutes plus tard, son coéquipier le rejoint. Il contemple le paysage qu’il décrira comme une « Magnifique désolation ». Ils s’affairent à planter le drapeau dans le sol. Après avoir salué ce drapeau, ils posent les médailles de Youri Gagarine décedé lors d’un crash d’avion en 1968 et Vladimir Komarov, décédé lors de la mission Soyouz 1 en 1967 ainsi que l’insigne de la mission Apollo 1, en hommage à l’incendie qui coûta la vie à Virgil Grissom, Edward White et Roger Chaffee en Janvier 1967.

Buzz Aldrin devant le drapeau des États Unis

Ils contemplent la Terre, ils sont seuls sur un astre entier, personne n’est jamais venu ici auparavant, ils sont les premiers à marcher sur la surface de la Lune.
Neil tend son bras et arrive à cacher la Terre avec son pouce. Ensuite, ils commencent la récolte d’échantillons et les expériences scientifiques, ils posent aussi un réflecteur laser qui servira à mesurer la distance Terre-Lune, une expérience destinée à capter les vents solaires ainsi qu’un sismomètre. Quelques heures plus tard, ils retournent dans le module pour y passer la nuit, ils auront passés 2 heures et 30 minutes en dehors du LEM.
Pendant ce temps, Michael Collins reste en orbite, lorsqu’il passe dans l’ombre de la Lune, les communications avec la Terre sont rompues, à ce moment là, il devient l’homme le plus isolé de l’histoire, seul, à plus de 380 000 km de la civilisation et ne pouvant parler avec personne. À chaque fois que le contact est rétablis, il demande des nouvelles de ses collègues, et lorsqu’il survole le site d’atterrissage, il cherche, en vain, à apercevoir le module lunaire. En bas, il est alors temps pour les 2 astronautes de se reposer avant le redécollage. Ils s’allongent alors au sol, dans le froid, sursautant au moindre craquement ou grincement du LEM, seul moyen de garantir leur survie. Après une mauvaise « nuit » de 4 heures, il est temps de rentrer à la maison.
Cependant, le bouton d’allumage du moteur a été cassé par les mouvements des astronautes en scaphandre, ils arriveront à l’actionner en appuyant dessus avec la pointe d’un stylo et le module décolle. Au total, ils auront passé 24h sur la Lune.

Retour vers la Terre !

Après s’être mis en orbite, ils s’amarrent au module de service et retrouvent Michael Collins. Après les retrouvailles, il est temps de larguer le LEM, alors devenu un poids inutile.
Ils le chargent alors de tout les déchets et autres objets inutiles et disent alors au revoir au vaisseau leur ayant permis de survivre durant ces 24 heures, sa chute sur la Lune sera programmé par commande radio quelques heures plus tard afin qu’il ne pollue pas l’orbite lunaire.

La partie supérieure du LEM vue depuis le module de commande après le redécollage

Puis, il est temps pour celui qui n’a pas marché sur la Lune de sortir dans l’espace chercher les enregistrements du module de service situés sur le côté de celui-ci. Enfin il allument le moteur du module de service afin de le propulser vers la Terre. Au fil des heures qui passent, l’équipage voit la Lune rétrécir petit à petit, et la Terre, elle, grandir. Le trajet du retour durera 3 jours. Puis, 15 minutes avant de rentrer dans l’atmosphère de la Terre, le module de service est largué, il ne reste plus que le module de commande (la capsule). Sur les 3000 tonnes de la fusée au lancement, seulement 6 tonnes reviendront sur Terre en un seul morceau.

Home Sweet Home

Le vaisseau rentre dans l’atmosphère à plus de 11 km/s (soit plus de 36 000 km/h !). À cause des frottements engendrés, la température du vaisseau est portée à 3 000°C, protégée par le bouclier en céramique qui fais face aux flammes. Puis, à 10 km d’altitude, un parachute de freinage s’ouvre pour ralentir le vaisseau à moins de 300 km/h, enfin, à 3 km, les 3 parachutes principaux s’ouvrent, ralentissant le vaisseau à 30 km/h. Après 15 minutes de descente, le module se pose dans l’océan Pacifique, un hélicoptère les récupère et les rapatrie sur un porte avion. Après avoir passé 7 jours dans l’espace, ils retrouvent la Terre, après un voyage de plus de 769 000 km.

Le module de commande après l’amerrissage

Une fois revenus sur Terre, pas le temps pour les célébrations, ils sont immédiatement mis en quarantaine pour s’assurer qu’ils ne transportent pas de bactéries ou germes extraterrestres (La Lune sera déclarée stérile après la mission Apollo 12). Ils ramèneront 22 kg d’échantillons de roche lunaire qui seront analysés par la suite. On y découvrira beaucoup de ressemblance avec les roches terrestres, ce qui appuie la thèse de sa formation par l’impact de la Terre par une protoplanète.
Après avoir passé 21 jours dans un caisson étanche, ils peuvent enfin sortir et défileront à travers toute l’Amérique puis pendant 38 jours dans le reste du monde.

Fin

La mission Apollo 11 sera la mission la plus importante de l’histoire spatiale, elle ouvrira de nouvelles portes pour l’exploration de notre système solaire. Aujourd’hui, nous avons posé des sondes sur Mars, Venus, Titan, la Comète Tchouri et l’astéroïde Ryugu… Il reste encore une infinité d’endroits à explorer rien que dans le système solaire…
L’union soviétique niera l’existence d’un programme spatial lunaire soviétique, même si les services de renseignement américains prouveront le contraire via leur satellites de reconnaissance qui prendront des photos des installations au complexe spatial de Baïkonour. Ce n’est qu’en 1980, avec la politique de transparence de l’URSS que le monde apprendra l’existence du programme spatial lunaire soviétique.
Ils déclareront également que la NASA a fait courir de nombreux risques inutiles à ses astronautes en les envoyant sur la Lune alors que ces missions auraient pu être effectuées par des robots.

Le module Apollo sera utilisé durant toute les missions Apollo suivantes puis dans les missions Skylab destinées à rallier la nouvelle station spatiale américaine du même nom.
Comme symbole de l’apaisement des tensions entre l’URSS et les États Unis, le module de commande Apollo effectuera un rendez vous orbital puis un amarrage avec un Soyouz lors de la mission Apollo – Soyouz, signant le début de la coopération entre les 2 puissances spatiales.

Si vous voulez en savoir plus, je vous conseille l’excellente vidéo de Stardust: en cliquant ici !

Sources

Wikipedia
NASA
https://apolloinrealtime.org/11/

Images

https://wikiarchives.space/

Article mis à jour le 19/10/2021

Anthony (Tymon)

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