Soyouz 1: Première tragédie spatiale

Peu de temps après le succès des missions Voskhod, les soviétiques commencent à imaginer un vaisseau capable de transporter des astronautes jusqu’au futures stations spatiales également en projet. Ce vaisseau doit donc être capable de maintenir 3 cosmonautes en vie durant plusieurs jours, d’effectuer des manœuvres orbitales et de s’arrimer à une station spatiale ou un autre vaisseau. Ainsi commence le développement de ce qui deviendra le vaisseau Soyouz (Union en français).

Le « Soyouz » ?

Le vaisseau Soyouz (à ne pas confondre avec la fusée Soyouz) est un vaisseau dont le développement a commencé à partir du début des missions spatiales Voskhod, missions qui ont notamment permis à Alexei Leonov de devenir le premier homme à effectuer une sortie extra-véhiculaire en orbite. Devant être capable de transporter 3 astronautes pendant plusieurs jours, de s’arrimer à un autre vaisseau ou aux stations spatiales Saliout alors en développement, il avait également pour objectif d’emmener un équipage et un atterrisseur lunaire (nommé LK) vers la Lune dans sa version plus avancée: le Soyouz 7K-LOK.

Un soyouz vu depuis l’ISS lors de la mission Soyouz TMA-15M en Novembre 2014

Genèse du projet

Après le succès des missions Vostok et Voshod, l’URSS commence à travailler sur le successeur des boîtes de conserves qui servaient alors à aller dans l’espace. Celui-ci sera composé de 3 modules bien distincts :

  • Le module de service, qui contient tout le nécessaire au bon fonctionnement du vaisseau tel que les moteurs et les ergols. Il permet également d’assurer l’alimentation électrique du vaisseau à l’aide de deux panneaux solaires situés sur les côtés de ce module ;
  • Le module de descente, qui abrite les astronautes durant la majeure partie du vol, et qui est à la fois le poste de commande et le lieu de vie des astronaute. Equipé d’un bouclier thermique, il est donc le seul à revenir sur Terre avec les astronautes ;
  • Le module orbital, qui sert à la fois de lieu de travail et de séjour une fois le vaisseau en orbite. Il sert également à stocker la majeure partie de la cargaison destinée à être utilisée une fois en haut.

Les premiers vols de test

Pour tester leur nouveau vaisseau, ils enverront entre 1966 et 1967 trois vaisseaux Soyouz baptisés Cosmos car il s’agit d’un projet secret. Durant le premier essai, le vaisseau rencontre des problèmes de trajectoire et menace de retomber sur la Chine, alors ennemie à l’époque. Son autodestruction est donc ordonnée.
Lors du second essai, la fusée explose subitement sur son pas de tir, explosion malheureuse mais qui permet néanmoins de tester la tour de sauvetage qui éjecte correctement le vaisseau.
Durant le troisième essai, la trajectoire du vaisseau ne lui permet pas de rester sur une orbite stable et celui-ci s’écrase en mer d’Aral.

Le premier vol habité

Malgré tout ces échecs, il est pourtant décidé de lancer un Soyouz habité à l’occasion de l’anniversaire de la naissance de Lénine, les soviétiques ayant tendance à cette époque à vouloir fêter les événements importants en faisant une démonstration technologique même si l’appareil n’était pas au point, ce qui a notamment coûté la vie de Laika, la chienne morte en orbite en 1957… Il est cependant trop tard pour faire d’autres essais, et cette décision scelle le sort de Vladimir Komarov, sélectionné pour voler à bord du vaisseau alors que celui ci n’est pas au point.

Soyouz décolle le 23 Avril 1967 et se place en orbite sans problèmes particuliers, mais très rapidement, la situation se complique pour Vladimir, car une fois séparé du troisième étage de la fusée, un des panneaux solaires refuse de se déployer, privant le vaisseau d’une partie de son électricité, un élément primordial pour son bon fonctionnement.
Au sol on prépare alors le second vaisseau Soyouz alors déjà terminé pour tenter de secourir Komarov, mais la pluie empêche Soyouz 2 de décoller.
Le retour de Vladimir Komarov est décidé quelques heures plus tard quand les gyroscopes permettant au vaisseau de s’orienter commencent eux aussi à tomber en panne les uns après les autres. La manœuvre de désorbitation est alors décidée afin de poser le vaisseau et son occupant en Sibérie.

Lors de la rentrée, le vaisseau alors sans aucuns moyens de stabiliser son assiette devient totalement incontrôlable et commence à vriller. Parvenant tout de même dans les basses couches de l’atmosphère, le système automatique censé déployer le parachute tombe lui aussi en panne. Vladimir Komarov actionne alors le parachute de secours mais celui-ci se met en torche, le rendant inutile. La capsule s’écrase alors à plus de 300km/h dans le désert Kazakh, tuant Vladimir Komarov sur le coup. Dans les derniers enregistrements des communications, on entend Vladimir pleurer de rage en se rendant compte du problème. Ce sera le premier accident mortel de la conquête spatiale.

Vladimir Komarov
Vladimir Komarov peu avant l’accident

Suites de l’accident

Peu après cet accident, le 25 Octobre 1968, Soyouz 2 fut lancé, cette fois sans équipage. Tout s’étant bien passé, il revient 3 jours plus tard.
2 ans plus tard, le 29 Juin 1971, l’équipage de la mission Soyouz 11, qui termine tout juste sa mission à bord de la toute nouvelle station spatiale Saliout, se prépare à rentrer sur Terre après 24 jours en orbite. Mais lors de la séparation du module orbital et du module de commande, une valve de décompression s’ouvre dans la coque et l’habitacle se vide de son air, les cosmonautes n’eurent malheureusement pas le temps de refermer la valve…
La phase de retour étant totalement automatique, le contrôle au sol ne se rendit compte de la mort des cosmonautes qu’une fois la capsule au sol, la valve à moitié fermée.
Afin d’éviter un nouveau drame, l’équipage doit désormais porter un scaphandre et par manque de place, se limiter à 2 personnes jusqu’à la sortie d’une nouvelle version du vaisseau.

Lors de la mission Apollo 15 en Août de la même année, les astronautes déposeront sur la Lune une carte avec la liste des astronautes américains et soviétiques ayant donné leur vie à la conquête spatiale. Ils laisseront également une figurine en aluminium représentant un astronaute nommée « Fallen Astronaut ». Depuis l’accident, un cratère Lunaire porte le nom de Komarov.

OnThisDay & Facts (@NotableHistory) | Martial arts instructor, Vladimir,  Komarov
Timbre soviétique en l’hommage de la mort de Komarov

Egalement utilisé lors de la mission Apollo-Soyouz le 15 Juillet 1975, le Soyouz soviétique s’arrima au CSM américain et les astronautes des deux nations se rencontrèrent dans l’espace, symbolisant un apaisement des tensions entre les 2 puissances, qui aboutit en 1991 à une coopération USA – Russie avec la station spatiale Mir après la chute de l’URSS.

Aujourd’hui, le Soyouz vole encore et il était, jusqu’au premier vol habité de la capsule Crew Dragon de Space X il y a quelques mois, le seul moyen de rejoindre l’ISS après la fin du programme de navettes spatiales de la NASA en 2011. Avec plus de 140 vols à son actif, le Soyouz est le vaisseau habité le plus utilisé et le plus fiable actuellement en service.

Interieur de la version moderne du Soyouz, mieux vaut ne pas être claustrophobe !

Premier article depuis bientôt 8 mois, malheureusement je suis très occupé par mes études (stage, cours…) mais également par ma vie personnelle en ce moment :/
Rassurez vous, je n’abandonne pas Kozmos, et je suis très loin de le faire 🙂
Sur ce, à bientôt, prenez soin de vous et pensez aux gestes barrières !

Anthony (Tymon)
Merci à Wim pour la relecture

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